Vers la fin de Thrones of the Invisible (Les Trônes de l’invisible), je tente de décrire le monde que je désire vraiment, et je constate qu’il ne peut être bâti à partir des seuls idéaux. J’y écris que le progrès intérieur — la croissance en sagesse, en patience, en courage, en capacité d’aimer — ne peut se déployer que sur un certain type de terrain. Ce terrain, je l’appelle l’équilibre extérieur, et j’en nomme les éléments sans détour : assez de nourriture, un toit, des soins, du repos, de l’éducation, de la dignité et de la participation. Sans eux, dis-je, parler d’épanouissement devient « une plaisanterie cruelle racontée à ceux qui ploient sous la charge ». C’est pourquoi le livre revient, encore et encore, à une seule idée restée inachevée depuis 1944 : la seconde Déclaration des droits de Franklin Roosevelt, et son affirmation discrète que la liberté doit inclure le droit à un logement décent. Une personne qui vit dans la peur quotidienne de l’expulsion, ai-je écrit, n’est pas véritablement libre du simple fait qu’un document juridique emploie le mot liberté.
J’ai beaucoup pensé à ce plan resté enroulé ce mois-ci, car l’actualité est, pays après pays, une histoire de logement. Mais la France occupe dans ce paysage une place à part, et c’est ce qui rend son cas si instructif. Ici, le document juridique existe. Le Conseil constitutionnel a reconnu dès 1995 que disposer d’un logement décent est un objectif à valeur constitutionnelle. La loi du 5 mars 2007 a créé le droit au logement opposable — un droit que l’on peut faire valoir devant un juge, contre l’État. Roosevelt avait laissé son plan au grenier ; la France, elle, l’a déroulé et l’a signé. Reste la question que pose tout ce livre : qu’advient-il d’un droit lorsque la société qui l’a nommé continue de traiter la chose promise comme un actif ?